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Pour François Bayrou à Educatice: "l'éducation numérique libre pour tous est une véritable révolution humaniste en marche"

Le numérique ne saurait donc qu’être un instrument au service de l’école et des enseignants pour parfaire l’acte pédagogique au service de tous.

 

Dans une table ronde avec Alain MADELIN Président du GIP ENA ( Groupement d’Intérêt Public pour l’Education Numérique en Afrique ) et le Pr Albert-Claude BENHAMOU  Délégué Interministériel à l'Education Numérique en Afrique qui prônent une Charte de l’éducation numérique pour tous avec le projet Sankoré et Jean Michel FOURGOUS député, auteur du rapport « Réussir l’école numérique » du 15 février 2010, François Bayrou y dit son attachement à cette « révolution en marche » qui selon lui préfigure un modèle de société humaniste.

« Admirateur, zélateur, défenseur » du modèle WIKI, il loue cette « architecture de savoirs, gratuite et partagée avec toute l’humanité » tout comme les principes du logiciel libre, « projet coopératif et contributif » où « chacun est utilisateur, producteur et améliorateur du produit ».
 
Mais François BAYROU apporte deux conditions pour la réussite de cette révolution numérique. 
Tout d’abord, « le maître, qui est pour lui un médiateur du monde, ne saurait être remplacé par un logiciel ...le maître transmet et la transmission est émancipatrice. »
Enfin, « la culture générale est requise avant de trouver son chemin dans l’univers foisonnant des données disponibles ».


« François Bayrou : une révolution est en marche », par Claude Tran sur educavox.fr

Intervention de François Bayrou (Salon Educatec-Educatice, jeudi 24 novembre 2011) :         

"Une révolution est en marche   

Elle n’est pas en marche depuis aujourd’hui. Il se trouve qu'un des premiers écrits sur ce que deviendrait le rôle du numérique dans l’éducation, c’est dans un livre qui date maintenant de 21 ans qui s’appelle « La décennie des mal-appris ». Il y avait un chapitre entier sur ce rôle que je crois extraordinairement libérateur, émancipateur, démultiplicateur du numérique à l’école.

Il a fallu quinze ans, vingt ans, pour que tout cela mûrisse. Il a fallu l’arrivée d’Internet, ce n’était pas encore établi en 1990, pour qu’on s’aperçoive de l’incroyable puissance de ces instruments et du fait que cela allait changer l’ensemble de la société, l’ensemble de la vie des personnes, des familles, des jeunes,…

De ce point de vue là, les choses n’étaient pas encore mûres au début des années 90. Elles le sont évidemment  aujourd’hui. C’est un premier point (…).

Ce n’est pas seulement une révolution en marche dans la transmission...

Quand l’accès illimité à des données documentaires qui autrefois étaient réservées à des bibliothèques qui sont aujourd’hui ouvertes, à domicile, à qui que ce soit dans le monde, ce n’est pas d’ailleurs seulement l’accès à des contributions, à des conférences.

Il y a dans cette révolution en marche un modèle de société nouveau.

Et moi, je suis un admirateur, un zélateur, un défenseur  du modèle « wiki » (…). Parce que je trouve que dans cette édification d’une architecture de savoirs, gratuits, partagés avec l’ensemble de l’humanité, il y a quelque chose d’une révolution en marche, d’un modèle de société et de civilisation différentes.

(…) Il y a d’ailleurs absolument le même principe en action dans le logiciel libre, c’est-à-dire l’idée que quiconque est à la fois utilisateur et producteur est améliorateur de l’ensemble des instruments, de l’ensemble des programmes qu’il utilise dans l’univers du libre.

Ce projet coopératif et contributif dans lequel chacun apporte gratuitement, de manière non marchande, sa pierre à l’édifice en train de se réaliser, moi je trouve qu’il y a là un projet humaniste, comme il en existe peu dans la société où nous sommes, en tout cas comme on la décrit.

Voila pour le principe : c’est une révolution en marche. Si une révolution n’a jamais autant mérité ce nom, celle-là l’est.

C’est une révolution en marche dans le domaine de l’éducation

Je veux mettre deux prudences.

Je ne crois pas que le logiciel remplacera jamais l’intervention du maître, l’intervention de l’enseignant. Parce que le maître est un médiateur, un médiateur du monde : il dit quelque chose que naturellement l’écran ne peut pas dire, que la donnée ne peut pas dire, que le texte ne peut pas dire. Le maître dit quelque chose d’une humanité en formation. Il transmet, et cette transmission est émancipatrice.

La deuxième chose sur laquelle je voudrais insister, c’est que la culture générale est requise avant de trouver son chemin dans l’univers foisonnant des données disponibles. L’expérience qui est la mienne, c’est que naturellement plus le nombre de documents, de données, d’algorithmes croît, plus la forêt est riche et profuse, et plus il faut avoir une boussole et une carte. Cette boussole et cette carte ne s’établissent que dans l’édification d’une culture générale personnelle. Voila pourquoi je ne pense pas que la mise à disposition suffise. Il faut quelque chose d’autre.

Cela dit, une fois qu’on a dit « médiation nécessaire de l’enseignant » et « nécessité d’une culture générale », alors s’ouvre l’immense univers de ce que ces programmes, ces instruments apportent à l’enseignant et à l’édification de la culture générale. Je suis même persuadé que cela apportera à l’acte pédagogique.

Je décrivais en 1990, il y a 21 ans, ce que serait un jour, lorsque les logiciels auraient progressé, les correcteurs d’accents en matière linguistique seraient disponibles, numérisés et essaieraient à chaque instant de transmettre au locuteur un certain nombre de secrets sur ce qu’est l’accent, la métrique, la prononciation dans une langue. Je suis absolument sûr que d’ici peu on aura ce type d’instrument (…).

De même que je suis sûr que « l’interprétariat numérisé » sera disponible dans les dix années qui viennent, ce qui rendra d’ailleurs différents les échanges entre les êtres humains.

Je crois à l’extraordinaire atout qu’apporte au maître la multiplication des programmes de cet ordre. Je veux simplement pour finir aller dans le sens de ce qu'Alain Madelin a dit : ceci n’est possible que si se voit reconnu le droit, pour le monde des enseignants, d’utiliser des documents sans avoir à être poursuivi ou à acquitter des droits d’auteur illimités (…)

Il n’y a pas seulement un droit mais un devoir pour la puissance publique nationale, européenne et mondiale de dire : les œuvres de l’esprit, naturellement on ne peut pas supprimer les droits d’auteurs, mais dans le domaine de la transmission pédagogique, dans le domaine de l’enseignement, nous avons le devoir d’autoriser l’ouverture des coffres aux trésors. Je suis tout à fait prêt à aider en ce sens l’action des associations, des forces de pression multiples et, j’en suis sûr, efficaces, que vous représentez dans cette salle".

En savoir plus
"Point de vue de François Bayrou sur l'éducation numérique", par AJ sur Ludovia.com
"Bayrou : le logiciel libre est "une révolution en marche dans l'éducation", sur vousnousils.fr (l'e-mag de l'éducation)