"Apprendre du nouveau, c’est renoncer à ce que l’on savait avant..."

Pour Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, il faut voir le numérique comme d’un outil de construction et de collaboration

 

"Je crois que beaucoup d’enseignants sont réticents par rapport au numérique parce que le numérique les déroute.

Quand ils ouvrent un ordinateur, ils ne retrouvent pas leurs repères habituels.

Mais il faut bien comprendre que toute connaissance nouvelle nous déroute, mais que les technologies numériques proposent non seulement des interfaces qui déroutent mais aussi des moyens de se rassurer à partir du moment où on va accepter d’y entrer.

Et ce sont ces deux aspects complémentaires, le fait d’être dérouté par le numérique mais aussi le fait que le numérique propose des espaces ou des "procédures de ré-assurrance" qui va faire que le numérique va être un formidable support d’apprentissage.

Le fait d’être dérouté ce n’est pas particulier au numérique, il faut comprendre que c’est particulier à toutes les connaissances nouvelles : déjà Jean Piaget l’avait montré quand il parlait de "la nécessité d’accomodation et d’assimilation de la nouveauté".

Toute nouveauté nous confronte au fait que ce que l’on savait jusque là ne nous permet pas de faire face à ce qui nous est présenté et donc, du coup, il faut apprendre, il faut découvrir. Et quand on apprend et on découvre, on renonce à ce que l’on savait avant.

Apprendre du nouveau, c’est renoncer à ce que l’on savait avant.
C’est une sorte de "mue", une sorte de "métamorphose", donc ce n’est facile pour personne.
Mais, il faut tout de suite ajouter que les outils numériques proposent quelque chose d’extraordinaire pour nous aider à ça, c’est qu’ils proposent un espace rassurant : les espaces numériques sont rassurants.

Alors pourquoi ? Pour deux grandes séries de raisons :

- la première série de raisons c’est qu’on peut s’y construire une feuille de route.

- les outils numériques ne sont malheureusement pas suffisamment pensés du point de vue de l’aide qu’ils peuvent nous apporter, de toutes les formes d’aide. Et je crois que dès que l’on pense "outils numériques comme supports d’apprentissage", il faut comprendre qu’il y a quatre grandes aides qu’ils peuvent nous apporter :

1/ D’abord, les outils numériques peuvent permettre de mesurer les compétences particulières de chaque élève, l’état de ses connaissances à un moment « t zéro ». Un enseignant a beaucoup de peine à mesurer les compétences de chacun de ses 30 élèves. Mais un logiciel le fait très vite.

2/ En plus, deuxième chose, l’ordinateur va pouvoir faire un graphique, visualiser les progrès de l’élève. Quand on visualise, on peut commencer à avoir prise sur ces processus d’apprentissage.

3/ Troisième chose, les outils numériques permettent de visualiser les stratégies utilisées. Par exemple, un élève pourra découvrir qu’il a toujours tendance à utiliser la même stratégie, comme on peut être tenté de le faire dans un jeu vidéo, mais c’est pareil pour les apprentissages. Un autre élève pourra découvrir qu’il utilise des stratégies différentes. Et l’enseignant pourra valoriser le fait d’utiliser des stratégies différentes.

4/ Et puis, quatrièmement, c’est le fait d’avoir recours aux camarades et aux banques de données. Je crois que cela est une très grande force des outils numériques, celle d’encourager les apprenants à se référer à des banques de données. L’enseignement valorise l’écrit, et on a raison. On est passé d’une culture de l’oral à une culture de l’écrit. Faut maintenant passer d’une culture de l’écrit individuel à une culture de l’écrit collectif (…)"

"Le Numérique collaboratif, coloniser les usages", par Serge Tisseron sur youtube.com

Voir également
"L’enseignant, un guide pour introduire le numérique à l’école", sur ludovia.com